Méthode · Second cerveau
Construire un LLM Wiki, le second cerveau de l'entreprise
Compiler la connaissance une fois, laisser l'agent la maintenir. C'est le contraire de ce que fait un RAG, et c'est ce qui tient dans la durée.
La plupart des projets "IA + base de connaissance" démarrent pareil : on branche un RAG sur un dossier de documents, l'agent va fouiller à chaque question, et au début ça marche. Puis le dossier grossit, les documents se contredisent, l'agent ressort des passages hors contexte, et on passe son temps à corriger. J'ai fait ce chemin, et j'en suis revenu.
Ce qui a tout changé pour moi, c'est un pattern décrit par Andrej Karpathy : le LLM Wiki. L'idée tient en une phrase. Au lieu de re-fouiller des documents bruts à chaque requête, on compile la connaissance une seule fois dans un wiki en Markdown, et l'agent maintient ce wiki lui-même au fil de l'eau.
On ne re-dérive pas la connaissance à chaque question. On la compile une fois, puis on la tient à jour.
Trois couches, une discipline
Le système que j'utilise repose sur trois couches simples.
- Le brut : les sources immuables (transcripts, PDF, articles). L'agent les lit, ne les modifie jamais.
- Le wiki : des pages Markdown générées et entretenues par l'agent, reliées entre elles. Une page par entité, une page par concept, un journal en append-only.
- Le schéma : un fichier qui cadre les conventions, l'ingestion et le ménage. C'est lui qui empêche la dérive quand plusieurs personnes alimentent le wiki.
Deux fichiers pilotes suffisent à faire tourner l'ensemble : un index qu'on lit en premier, et un log qui trace chaque ajout. Rien d'exotique. La valeur n'est pas dans la technique, elle est dans la discipline d'écriture.
La connaissance devient un actif qui se bonifie, pas une dette qu'on paie à chaque requête.
Écrire pour la machine, pas pour l'humain
C'est le point que j'ai mis le plus de temps à accepter, et il oblige à désapprendre le réflexe du beau document. Un brand book en PDF sert à aligner des humains. Une base pensée pour un agent, c'est autre chose : des règles explicites (à faire, à proscrire), des tokens machine-lisibles, des exemples annotés, et surtout un niveau de confiance et une date sur chaque affirmation. Un chiffre n'est jamais orphelin, il porte sa source.
Quand j'ai construit une identité de marque actionnable par un agent pour un client de la gestion d'actifs, c'est cette distinction qui a tout tenu : séparer ce qui est certain (issu de la charte) de ce qui est déduit. Un agent qui ne sait pas ce qu'il ignore surinterprète. Un agent à qui on a dit "ceci est à confirmer" reste prudent.
Le vrai chantier, c'est l'écriture
Lire et chercher dans un wiki, aujourd'hui, c'est presque résolu. Là où se joue la valeur, c'est l'écriture : la logique métier qui classe une info en interne ou externe, qui promeut un prospect, qui recalcule des agrégats. Chez nous, transformer le wiki des références de l'agence en serveur installable par n'importe quel collaborateur, sans configuration, a demandé d'envelopper cette logique proprement plutôt que d'ouvrir l'accès brut aux fichiers.
Le résultat, c'est un second cerveau d'entreprise. Un endroit unique où la connaissance se dépose, se relie et reste vraie. Ce n'est pas magique, c'est un artefact qu'on entretient. Mais une fois la discipline en place, il travaille pour vous pendant que vous dormez.
Vous pouvez explorer le second cerveau, nœud par nœud, sur cette page dédiée. Et si vous montez ce genre de système et que vous butez sur la couche d'écriture ou sur la conduite du changement côté équipes, écrivez-moi, c'est exactement le terrain qui m'intéresse.